Doctrine

L’enseignement de Jésus

À la hauteur de sa réputation ?

Au moins le tiers de la population mondiale reconnaît la grandeur des enseignements de Jésus. C’est la proportion des humains qui se disent chrétiens. À cela il faut ajouter de nombreux adeptes d’autres religions, et même certains agnostiques et athées bien connus, dont Albert Jacquart et André Comte-Sponville. Cette reconnaissance quasi universelle repose-t-elle sur des bases solides ? Il est relativement aisé de l’évaluer en lisant les Évangiles, source originelle des enseignements du Christ.

Plusieurs mettront en doute l’historicité des faits rapportés dans le Nouveau Testament. Ces textes n’ont-ils pas été écrits par des auteurs anonymes (les apôtres témoins étaient illettrés) plusieurs décennies après les événements ? N’ont-ils pas été sélectionnés, au cours des siècles suivants, parmi beaucoup d’autres et après que fut formulée une certaine doctrine chrétienne ? Authentiques ou non, les Évangiles constituent néanmoins la base de l’enseignement moral chrétien. Ce sont donc ces textes que j’examinerai pour voir s’ils justifient la révérence avec laquelle on considère l’enseignement moral de Jésus.

Enseignement novateur

S’appuyant sur la loi hébraïque qu’il veut non pas abolir mais « accomplir », Jésus dit proclamer une justice nouvelle supérieure à l’ancienne. À « tu ne tueras point », il ajoute qu’on ne doit même pas se fâcher contre son frère (1). À la loi de rétribution du talion (œil pour œil, dent pour dent), il substitue l’acceptation passive de tendre l’autre joue en réponse à un soufflet sur la joue droite (2).

Jésus prêche aussi l’amour du prochain comme de soi-même, qu’il soit parent ou étranger, ami ou ennemi. Dans le Sermon sur la Montagne, il proclame « heureux » les doux et les miséricordieux, les affligés et les persécutés (3). Il s’adresse souvent aux femmes « honnêtes » comme aux « pécheresses », telle celle qui arrose ses pieds de larmes et les essuie avec ses cheveux (4).

La prédication des Évangiles veut transmettre un message d’amour inconditionnel, de charité universaliste, d’égalité pour tous et de non-violence. Ce message contraste de façon marquée avec le Dieu souvent cruel et vengeur de l’Ancien Testament. Les enseignements de Jésus explicitent la Règle d’or (5), maxime bien connue des sages de l’Antiquité (voir encadré). Mais, ils vont plus loin ; ils indiquent que le chemin de la perfection se trouve dans l’amour des ennemis et même dans la soumission au « méchant » en ne lui tenant pas tête (6).

Universalité et bienveillance

L’originalité des enseignements de Jésus ne réside pas dans sa formulation d’une simple éthique de réciprocité. L’Ancien Testament lui-même propose une telle maxime : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même (7) », ainsi que nombre d’autres textes religieux. Toutefois, l’Ancien Testament restreint probablement le mot « prochain » aux membres de la tribu juive, car il regorge de peuples étrangers passés au fil de l’épée à la demande expresse de Yahvé. Jésus semble clairement proposer d’étendre ce terme à tous les humains (qui le suivront). Remercions-le pour son message d’inclusion.

Jésus innove aussi en proposant une attitude de bienveillance complète envers les agresseurs. Si on te frappe, expose-toi à d’autres coups. Si on veut t’enlever ta tunique, donne aussi ton manteau (8). Cette surprenante stratégie est-elle vraiment avisée ? Sans doute pourrait-elle faire réfléchir certains agresseurs « raisonnables » qui pourraient alors se rendre compte de leur erreur. Toutefois, elle est très peu utilisée parce que, à mon avis, elle encourage l’agresseur dominateur à se croire dans son bon droit de continuer d’abuser. Par contre, elle pourrait réussir dans certains cas particuliers, comme dans la célèbre opposition non violente de Gandhi contre l’impérialisme anglais.

Cet enseignement novateur du Christ cache pourtant un certain nombre de failles importantes qui, à mon avis, n’en font pas un maître exceptionnel. Elles ont par ailleurs servi de justification à bien des dérives conduisant à de regrettables injustices. En voici quelques-unes.

Feu de l’enfer

Il semble très clair que Jésus croyait à l’enfer, un lieu où souffriraient éternellement les « méchants ». Le mot géhenne (le feu qui ne s’éteint pas) apparaît onze fois dans les Évangiles. Six autres passages décrivent « pleurs et grincements de dents » aux malheureux qui auront été jetés dans les ténèbres ou à la fournaise ardente. Deux autres encore parlent d’être jetés au « feu éternel ». Condamner des gens à d’horribles souffrances sans fin me semble une cruauté suprême, indigne d’un maître compatissant.

Et qui mériterait un tel châtiment ? Celui qui aura crié « renégat » à son frère, celui qui aura péché, et même les scribes et les pharisiens « hypocrites » qui n’aimaient pas ses prêches. S’ils sont une occasion de péché, main ou pied devrait être coupés plutôt que le corps entier être jeté dans la géhenne (9). Le ton est menaçant, la punition effrayante.

En plus des crimes d’actions répréhensibles, Jésus a établi une autre catégorie de fautes, celle des crimes de pensée. Méritent maintenant la peine éternelle ceux qui haïssent leur prochain et ceux qui convoitent les biens ou la femme du voisin (10), sans vraiment passer à l’acte.

Heureusement, la plupart des péchés peuvent être pardonnés. On doit même pardonner à son frère, non pas 7 fois, mais bien 77 fois (11). Toutefois, il est un péché impardonnable : « Aussi je vous le dis, tout péché ou blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit [Saint] ne sera pas remis (12). » Paroles nébuleuses, et malheureuses ! Combien de gens vivront et mourront dans la crainte d’avoir commis le péché contre l’Esprit Saint et d’être jetés dans le feu éternel ! Combien de gens se serviront de cette menace pour en faire périr d’autres sur le bûcher !

Royaume des Cieux

Si une vie de péchés non regrettés mérite la punition éternelle, à quelle récompense ont droit les justes et bons, ceux qui suivent la Loi ? Réponse : à la félicité éternelle dans le « Royaume des Cieux ». Cette dernière expression semble indiquer un endroit « qui n’est pas de ce monde (13) ». Elle apparaît pourtant 82 fois dans les Évangiles, souvent sous l’appellation équivalente de « Royaume de Dieu ». On ne fait plus le bien pour lui-même ou parce qu’on sait que c’est la meilleure façon de vivre, mais surtout pour mériter une récompense future. Jésus propose moins une réforme sociale qu’une préparation à l’au-delà ; chacun se préoccupe d’abord de son salut personnel.

Une bonne vie rend digne d’aller au Ciel. Cela sera facile aux petits enfants et aux pauvres d’y accéder, mais beaucoup plus difficile aux riches (14). Voilà un discours qui plaira à la classe besogneuse auquel il s’adresse, croulant sous les taxes du conquérant romain. Il donnait de l’espoir à une population juive menant une existence précaire, opprimée de toutes parts, que la malchance ou la maladie pourrait facilement acculer à la faillite et à l’esclavage. Stratégie efficace ou réelle compassion ?

Un autre aspect troublant ressort de la promesse du « Royaume des Cieux » : Jésus semblait croire que sa venue était imminente. Pour être prêt, il fallait dès maintenant se repentir et croire en sa parole. Cette idée apparaît sept fois dans les Évangiles : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche (15). » Deux mille ans ont passé sans que cette parole ne s’accomplisse. Plusieurs y ont cru et s’y sont préparés en vain. À moins d’interpréter cette parole ambiguë de façon figurée, on doit conclure qu’elle ne provient pas d’une grande sagesse.

Esclavage oublié

La pratique de l’esclavage était courante au temps de Jésus, comme elle l’était dans les temps bibliques : « Les serviteurs et servantes (lire esclaves) que tu auras viendront des nations qui vous entourent […] ils seront votre propriété et vous les laisserez en héritage à vos fils après vous pour qu'ils les possèdent à titre de propriété perpétuelle. Vous les aurez pour esclaves, mais sur vos frères, les Israélites, nul n'exercera un pouvoir de contrainte (16). »

Le Temple de Jérusalem possédait des esclaves, de même que les Grands Prêtres, les riches juifs et la classe moyenne. Pourtant, Jésus n’a jamais directement attaqué cette pratique. S’il l’avait fait, il aurait sûrement attiré de nombreux esclaves dans ses rangs, et on l’aurait su. Rien dans les Évangiles ne mentionne la possibilité de libération des esclaves, qui étaient nombreux et formaient sûrement la classe la plus défavorisée. Omission stratégique peut-être, mais indigne de sagesse divine.

On pourrait même avancer que Jésus acceptait la réalité de l’esclavage et le rôle de soumission de l’esclave à la volonté du maître : « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups. Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre (17). » Même ignorant des désirs de son maître, le serviteur (ou l’esclave) mérite, selon Jésus, d’être battu.

Bien que Jésus lui-même n’ait pas clairement sanctionné l’esclavage en tant que tel, une épître de Saint-Paul à Timothée dans le Nouveau Testament indique que l’esclavage était sans doute accepté par les premiers chrétiens comme faisant partie du bon fonctionnement de la société d’alors. Paul fait de l’obéissance de l’esclave au maître un devoir religieux : « Tous ceux qui sont sous le joug de l’esclavage doivent considérer leurs maîtres comme dignes d’un entier respect. […] qu’au contraire ils les servent d’autant mieux que ce sont des croyants et des amis de Dieu qui bénéficient de leurs services (18). »

Rappelons que l’esclavage ne fut aboli qu’en 1865 dans la très chrétienne nation américaine. Dans son livre Mémoires d’un esclave, Frederick Douglass témoigne de l’usage de certains passages de la Bible pour justifier l’esclavage : « J’affirme sans hésitation que la religion, dans le Sud, n’est qu’une couverture pour masquer les plus horribles crimes, une manière de justifier la plus épouvantable barbarie, une façon de sanctifier les messages les plus haineux et, enfin, un sombre abri derrière lequel les actes les plus noirs, les plus immondes et les plus ignobles des propriétaires d’esclaves trouvent leur protection la plus sûre. » (pp. 92-93)

Égalité féminine

Jésus ne se prononce pas non plus sur le statut inférieur des femmes dans la famille ou la société juive. Les femmes font partie des Évangiles en tant que personnes qu’il guérit, conseille ou pardonne. Elles sont parfois des parentes, des amies ou des disciples. Elles assistent à sa mort et à sa résurrection. Malgré la place notable que les femmes tiennent dans la vie publique de Jésus, elles ne font pas partie du groupe sélect de ses douze apôtres – qui ne sont que des hommes.

Elles servent aussi d’exemples dans des discussions sur le mariage et le divorce. Jésus demande à l’homme de ne pas répudier sa femme, à moins qu’elle ne se soit adonnée à la prostitution, car cela l’exposerait à l’adultère. Il semble traiter la femme de la même manière : « […] et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet l’adultère (19). » Toutefois, Jésus ferait ce parallèle plus pour interdire le divorce que pour signifier une certaine égalité entre hommes et femmes.

Comme pour l’esclavage, les épîtres de Paul remplissent l’absence d’enseignement clair de Jésus sur l’égalité des femmes aux hommes. Paul, au contraire, s’exprime sans ambages : « Je veux cependant que vous le sachiez : le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme ; et le chef du Christ, c’est Dieu (20). » « Et ce n’est pas l’homme, bien sûr, qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme (21). » Malgré les avancées récentes de la condition féminine, l’Église catholique semble avoir suivi les directives de Paul et l’exemple de Jésus dans le choix de sa hiérarchie.

La rémission des péchés

La venue du Fils de Dieu sur Terre, sa vie de prophète et sa mort sur la croix semblent avoir pour but l’expiation du péché originel, commis par Adam et Ève. Depuis cette date, les hommes n’ont cessé de commettre des péchés sans pouvoir s’en empêcher. Dieu n’aurait trouvé aucune autre solution que celle d’envoyer son fils se faire massacrer sur Terre pour effacer cette tache originelle et tous les péchés depuis ce temps-là. L’institution de l’Eucharistie confirme l’objectif du projet : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés (22). »

D’abord, la condamnation de toute l’humanité par Dieu pour une erreur relativement bénigne des premiers parents semble bien exagérée et parfaitement injuste. Ensuite, l’envoi de son fils (?) pour racheter tous ces péchés dans une mort atroce (pourtant commune pour les condamnés sous l’Empire romain) semble ajouter à l’horreur de la situation plutôt qu’offrir une lueur d’espoir. De plus, ce pardon de fautes passées (et même futures !), d’hommes envers d’autres hommes, sans demander l’avis des victimes elles-mêmes, m’apparaît insensé.

J’admets que toute cette symbolique compliquée et incohérente me dépasse complètement. Peut-elle vraiment provenir d’un maître exceptionnel ?

Étranges enseignements

Certaines autres actions ou paroles de Jésus me déroutent tout autant. Je n’arrive pas à en comprendre la signification. En voici quelques-unes.

D’abord, Jésus ne semble pas avoir été un ardent défenseur des valeurs familiales. Enfant, il réagit vivement à sa mère lorsqu’elle s’inquiète de sa disparition et le cherche à Jérusalem pendant trois jours : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père (23) ? » Prédicateur, il enjoint ses disciples d’abandonner leur famille pour le suivre ; certains avaient sans doute femme et enfants. Il est très clair sur ce point : « Car je suis venu opposer l'homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère (24) » et « Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi (25). » Cette attitude de Jésus ressemble un peu à celle d’un gourou de secte d’aujourd’hui qui isole ses disciples pour mieux les contrôler.

Ensuite, Jésus nous enjoint de ne pas nous inquiéter du lendemain. Si Dieu s’occupe de nourrir les oiseaux et de vêtir les lis des champs (26), pourquoi ne s’occuperait-il pas des humains créés à son image, argumente-t-il ? S’il s’adresse seulement à ses disciples, il exige qu’ils vivent d’aumônes. Il ne peut en faire un principe général, car les membres d’une société doivent s’organiser et prévoir les rôles de chacun pour subsister. Cet enseignement pourrait être moins utopique qu’il n’y paraît… si l’on considère que, pour Jésus, la fin du monde est proche.

L’histoire du figuier stérile échappe aussi à ma compréhension. Ayant faim, Jésus s’approcha d’un figuier, espérant y trouver des figues. Malheureusement, l’arbre n’avait que des feuilles, car ce n’était pas la saison des figues (27). Il le dessécha pour qu’il ne porte plus de figues. Son geste ne semble faire aucun sens. Voulait-il prouver sa puissance ? Il dit plus loin qu’une foi qui n’hésite point peut déplacer des montagnes (28). Il aurait sans doute été plus facile de faire pousser des figues hors saison.

On demandait souvent à Jésus de chasser les démons du corps des hommes. Les mots « démon » ou « démoniaque » apparaissent environ une centaine de fois dans les Évangiles. Exorciser les démons était une activité courante pour Jésus et il savait comment s’y prendre. Il pouvait normalement les chasser d’un seul mot. Pourtant, dans un cas particulier, à la demande des démons eux-mêmes (?), il les fit se retrouver dans un gros troupeau de porcs en train de paître non loin. Il semble que les porcs n’eurent d’autre choix que de se précipiter du haut d’une falaise dans la mer où ils périrent tous (29). Pourquoi affliger d’innocents animaux d’un tel sort ? Pour impressionner les foules avec une action d’éclat ?

Non-violence et pardon

Le Christ a-t-il vraiment suivi ses propres enseignements ? Certaines de ses actions ou paroles peuvent en faire douter. Offrir l’autre joue au harceleur lance un message clair de non-violence. Jésus n’en a manifestement pas tenu compte lorsqu’il renversa les tables du Temple et chassa les pharisiens avec un fouet (30). Traiter ces mêmes pharisiens d’engeance de vipères (31) et les menacer du feu de l’enfer constitue une riposte verbale plutôt violente envers ceux qui n’aimaient pas ses prêches. La phrase : « Je ne suis pas venu pour apporter la paix, mais le glaive (32) » ne semble pas non plus digne d’un précurseur de Gandhi.

Durant sa vie publique, Jésus a exercé ses talents de guérisseur et d’exorciste envers une multitude de pécheurs. Il pardonnera aussi à ceux qui l’ont crucifié. Voilà des preuves de grande miséricorde ! D’autre part, comme on l’a mentionné, il condamne allègrement tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. De plus, cette infinie miséricorde se termine au jugement dernier. À ce moment-là, il sera trop tard ! Les méchants qui demanderont pardon ne seront plus écoutés, mais jetés au feu de l’enfer pour l’éternité (33).

Formules simplistes

Doit-on se fier à un gourou charismatique qui dispense de brèves prescriptions à suivre à la lettre, ainsi que des paraboles sujettes à plusieurs interprétations ? Toute maxime lapidaire, à cause de sa brièveté même, ne peut s’appliquer absolument. Il faut d’abord en étudier les effets potentiels. La règle d’or, par exemple, dont s’inspirent presque toutes les religions, doit reposer sur une bonne connaissance des besoins et des sentiments d’autrui. Sinon, elle peut donner le contraire de l’effet désiré.

Ainsi, qui n’a jamais reçu un présent – offert en toute bonne foi – mais ne correspondant ni à ses goûts ni à ses intérêts ? Le contexte peut aussi se révéler très important : offrir (ou imposer) la démocratie à un peuple dont les institutions et les traditions y sont étrangères peut conduire à la guerre civile. Par ailleurs, la règle générale de ne jamais tuer s’applique-t-elle à l’avortement et à la peine de mort, pratiques âprement défendues, l’une ou l’autre, par des factions aux idéologies opposées ? On voit bien que l’application d’une règle simple dans un monde complexe requiert une analyse en profondeur des conséquences pour ne pas obtenir des résultats contraires à son intention.

Les maximes lapidaires ne peuvent que servir de guide général. La vie en société est trop complexe pour les appliquer à la lettre. Tous les éthiciens savent qu’il y a des circonstances atténuantes et des tractations entre amour, pardon, égalité et justice. Un principe absolu s’opposera tôt ou tard à une autre principe absolu. Il faut souvent trouver un compromis qui tentera de minimiser les conséquences néfastes pour toutes les personnes en cause.

Conclusions

L’enseignement des Évangiles propose de considérer tout humain digne d’amour et de compassion. En cela, il innove sur les préceptes de la Torah qui semblent restreindre le concept du prochain à la tribu juive seulement. Il va quand même un peu moins loin que le Jaïnisme qui étend la règle d’or à toute vie.

Jésus recommande également une bienveillante non-violence envers ses agresseurs – jusqu’à s’offrir à plus d’abus de leur part – espérant ainsi les ramener à la raison. Précepte peu suivi, même par Jésus lui-même lorsqu’il chasse à coup de fouet les pharisiens du temple et les menace du feu de l’enfer.

On peut aussi lui reprocher d’avoir prétendu imposer cet enfer éternel comme punition à toute sorte de fautes, parfois relativement bénignes. Il a ainsi introduit un niveau de peur et de cruauté effarant dans le monde en affirmant que la souffrance humaine pouvait se poursuivre à l’infini dans l’au-delà.

Jésus ne s’est pas prononcé clairement sur l’esclavage et la condition féminine. Son disciple Paul a profité de ces omissions pour confirmer l’esclave dans sa condition précaire et la femme dans sa soumission à l’homme. Faisant partie de la doctrine chrétienne, ces enseignements ont retardé leur émancipation.

Pour toutes ces raisons, Jésus ne m’apparaît pas comme le maître suprême dont la vie et les enseignements seraient sans failles. En choisissant les passages appropriés, on a pu justifier bien des horreurs en son nom. Analyser minutieusement les conséquences de ses décisions sur autrui pourra plus sûrement conduire à un monde meilleur que se fier aveuglément aux maximes simplistes de sympathiques sages.

Références bibliques : La Bible de Jérusalem, CERF, Paris, 2001.

1. Mt 5,22.     2. Mt 5,39.     3. Mt 5,1-12.     4. Lc 7,38     5. Mt 7,12.     6. Mt 5,39.     7. Lv 19,18.     8. Mt 5,40.     9. Mt 5,29.     10. Mt 5,28.     11. Mt 18,22.     12. Mt 12,31.     13. Jn 18,36.     14. Mc 10,25.     15. Mt 3,2.     16. Lv 25, 44-46.     17. Lc 12, 47-48     18. 1 Tm 6,1.     19. Mc 10,12.     20. 1 Co 11,3.     21. 1 Co 11,9.     22. Mt 26,28.     23. Lc 2,49.     24. Mt 10,35.     25. Mt 10,37.     26. Mt 7,28-34.     27. Mc 11,13.     28. Mt 21,21.     29. Mt 28,32.     30. Jn 2,15.     31. Mt 23,33.     32. Mt 10, 34.     33. Mt 25,41.

Recherche sur des mots des Évangiles effectuée dans la Bible de Jérusalem sur le site Web : http://www.unboundbible.org/

Bibliographie

* JACQUARD, Albert et Amara FADELA. Jamais soumis, jamais soumise, Stock, 2007. Jacquard : « Il reste d’essentiel pour moi le Sermon sur la Montagne », p. 50 et « Jésus est un homme extraordinaire, qui a dit des choses merveilleuses », p. 56.

* COMTE-SPONVILLE, André. L’esprit de l’athéisme, Albin Michel, 2006. « Jésus, pour Spinoza, n’était qu’un être humain, mais exceptionnel [le plus grand des philosophes] », p. 43. « […] une grande partie des Évangiles continue de valoir. À la limite, presque tout m’y paraît vrai, sauf le Bon Dieu. », p. 75.

* MORTON Smith et Joseph HOFFMANN. What the Bible Really Says, collectif, HarperSanFrancisco, 1993.

* HALEY Jay. The Power Tactics of Jesus Christ, Crown House, Norwalk, 1986.

* DOUGLASS Frederick. Mémoires d’un esclave, Lux, Montréal, 2004 (traduction de Normand Baillargeon et Chantal Santerre). Voir Québec sceptique n° 64, p. 75-76, compte-rendu d’André Payette.

2008 - qs065p05